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La fraude dans les essais cliniques face au modèle anglo-saxon

J’ai souhaité revenir sur un article de Jean-Michel Bader, publié dans l’édition du samedi 14 - dimanche 15 mars 2009 du Figaro (page 11).

Cet article nous apprend, oh stupeur !, que le Docteur Scott S. Reuben a avoué avoir fraudé au cours d’au moins 21 essais cliniques de médicaments destinés aux anesthésies.

Sa participation « active » à des essais clinique se démontre également par un grand nombre de publications (environs 70) dans des revues scientifiques dont vraisemblablement un certain nombre devrait totalement disparaître des annales scientifiques.

La fraude en matière d’essais cliniques, ce n’est pas nouveau, mais là c’est du grand art ! Comme le souligne l’article, il s’agit bien du « Madoff médical » du XXIème siècle.

Face à cette ampleur, nous pouvons nous interroger fortement sur l’efficacité des différents contrôles pouvant être mis en place tant au niveau des autorités compétentes que des comités d’éthique, mais également et surtout des comités de lecture des journaux scientifiques.

Et pourtant, la France souhaite s’engager dans cette voie !

En effet, nous entendons de plus en plus dire qu’il devient totalement impossible pour nos pauvres petits chercheurs nationaux d’arriver à publier les résultats de leurs études dans des revues aux retombées internationales et donc de ce fait anglo-saxonnes et ce, faute d’avis de comités d’éthique (est-ce là la seule explication ?).

Cet argument est d’ailleurs repris dans le cadre du Rapport Jardé qui justifie la nécessité d’introduire dans notre législation nationale l’obligation pour toute étude non-interventionnelle de passer systématiquement devant un comité d’éthique ou, en ce qui nous concerne, un comité de protection des personnes en vue de faciliter sa publication.

Ainsi, en page 14, il est mentionné que les projets de recherches seront soumis à l’autorisation préalable d’un comité de protection des personnes, ce qui facilitera la publication dans les grandes revues scientifiques internationales. (grandes par leur laxisme ?)

Nous apprenons à ce titre que le comité des éditeurs des journaux médicaux (International Commitee for Medical journals editors, ICMJE), qualifié souvent de « groupe de Vancouver » exige un avis éthique pour toute recherche sur l’homme.

Je ne savais pas que ce « groupe de Vancouver » était chargé de préconiser des changements législatifs dans notre système juridique national ? Décidément, les réseaux d’influences sont de plus en plus efficaces et leur champ d’action déborde largement les continents et mon imagination.

Dans le cas de notre éminent Docteur Scott S. Reuben nous constatons à quel point, il peut être intéressant d’exiger des avis de comité d’éthique émanant notamment d’Institutional Review Board (IRB) afin de permettre la publication d’articles scientifiques. Quelle efficacité !

Au fait, les Comité de Protection des Personnes ne sont pas des IRB !

Loin de protéger réellement les personnes, le passage devant un comité de protection des personnes n’a qu’un objectif de pure caution destinée à faciliter éventuellement la publication de travaux de certains chercheurs.

Or, faut-il le rappeler, les comités de protection des personnes n’ont pas pour objectif (ni les moyens) de fournir des cautions d’ordre scientifique et/ou éthique à des chercheurs en mal de publication dans de Grandes revues scientifiques.

Par ailleurs, un accroissement soudain d’activités des CPP, assaillis de demandes d’avis pour des recherches non-interventionnelles, aura pour conséquence de les détourner de leur objectif premier qui est la protection des personnes.

Au fait (bis), il faut arrêter de croire que tout ce qui vient de l’autre côté de l’Atlantique est extraordinaire. Certains voyaient d’ailleurs dans le système financier anglo-saxon le Modèle, ça laisse à réfléchir !